Google, Amazon et Facebook ne nous enferment pas dans notre bulle

NDLR: Ceci est un article de la charmante Mercedes Bunzscientifique culturel et spécialiste des médias mais également auteur; à ce propos son prochain livre « Die stille Revolution: Wie Algorithmen Wissen, Arbeit, Öffentlichkeit und Politik verändern, ohne dabei viel Lärm zu machen » sortira le 13 Août 2012. Suivez-la également sur twitter > @Mrsbunz.

L’article est extrait du site Politique du Netz et est mis à disposition sous licence Creative Commons BY-SA. Vous pouvez le consulter à la source > http://politiquedunetz.sploing.fr/2012/04/google-amazon-et-facebook-ne-nous-enferment-pas. Bonne lecture !

the intricate matrix

La puissance des machines est inquiétante. Souvent les sociétés projettent dans cette puissance leurs peurs irrationnelles. Lors des derniers mois s’est enflammé un débat sur la signification des algorithmes. Est-ce que les algorithmes contrôlent de plus en plus notre vie publique ? S’agit-il même là d’un danger pour la démocratie ? C’est un thème central de cette semaine.

Tout a commencé avec la publiciste londonienne Mercedes Bunz qui a écrit sur la « bulle des filtres ». Depuis quelques temps, on discute de ce cocon d’informations personnalisées dans des contextes très différents. C’est lors d’une présentation tenue par l’auteur américain Eli Pariser dans les très connues conférences TED que le débat a été lancé sur l’importance de cette bulle. La thèse de la présentation : L’espace public tel que nous le connaissions disparaît. Plus simplement, auparavant nous voyons tous les mêmes nouvelles. À l’ère du numérique et des communications informatisées de masse, nous voyons le monde tel que les machines nous le présente. Un monde que ces machines supposent que nous voulons. Les responsables sont les algorithmes, qui filtrent selon nos précédents clics et recherches et nos amis facebook. Ce qui est un avantage quand on veut consommer. Mais un désavantage quand nos mondes se différencient de plus en plus des autres. Il serait cependant trop simple de diaboliser la bulle des filtres. C’est en tout cas ce que pense Mercedes Bunz. Pour elle les algorithmes nous simplifient la vie. Mais pas la réflexion.

Par Mercedes Bunz

Des centaines de jeunes codeurs aux ordres de plates-formes comme Google, Facebook et Amazon s’occupent jour et nuit de créer de meilleurs algorithmes pour améliorer la qualité de leurs services. Leur but : tu dois rôtir dans ton propre jus. Les firmes du Netz ont une dent contre toi tout particulièrement : ils veulent t’enfermer dans un monde complètement personnalisé en ne te livrant que des informations qui t’intéressent. Pour un détracteur qui trouve toujours un cheveu dans la soupe, c’est l’occasion de s’inquiéter. Au lieu de nous révéler la diversité du vaste monde, Internet nous enferme dans une bulle taillée sur mesure. Danger, Danger, les algorithmes nous enferment ! Sur ordre de Google ! Et de Facebook ! Voilà revenu l’impérialisme américain sous de nouveaux atours !

Halte ! La conscience historico-culturelle résonne comme un appel dans la tête de certains qui froncent les sourcils et demandent à ce que nous examinions encore une fois cette hypothèse qui nous turlupine. Car est-ce que les détracteurs n’égratignaient pas avant l’industrie de la culture parce qu’elle créait artificiellement nos envies pour que nous consommions ? Alors que maintenant ils l’égratignent parce qu’elle nous vendrait ce qui nous intéresse ? Est-ce que les algorithmes nous ont fait perdre toute lucidité ?

Si l’on prend un peu de recul par rapport au présent et qu’on jette un regard attentif sur l’histoire, une chose saute aux yeux  : les hommes n’ont pas besoin d’algorithmes pour filtrer. Ils s’en débrouillent très bien tous seuls. Avant on désignait cela d’une autre manière : filtrer, ça s’appelait évincer. Nous y arrivions très bien, à évincer. En particulier, on a beaucoup évincé pendant le nazisme. Et aujourd’hui, dans les sociétés libérées et démocratiques, nous ne sommes pas étrangers au filtrage dans la réalité. Ainsi beaucoup de parents mettent leurs enfants dans les meilleures écoles possibles. La réalité crasse et laide du filtrage des établissements scolaires peuplés de migrants ou d’ouvriers est passée sous silence. Cela s’assimilerait plutôt à un retrait qu’une ingérence ? Ou à une abdication devant l’impossibilité d’améliorer les conditions sociales ?

(suite…)

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