L’ogre Amazon menace maintenant les éditeurs, les agents, les producteurs…

Il était une fois amazon ou google ou apple ou orange ou la fnac qui deviendraient éditeur de livres. Cachez vos enfants braves gens, les ogres arrivent dans la forêt.

Cela fait longtemps que la chrysalide accomplit sa transformation. Le vendeur en ligne a commencé par concurrencer les libraires, allant jusqu’à faire trébucher Borders, l’immense équivalent américain de la fnac. Avec son Kindle, il a attaqué la distribution. Aujourd’hui, il n’hésite plus à étendre son action au cœur de l’écosystème du livre en décidant de publier directement 122 livres cet automne — en version électronique mais aussi en papier.

(ndlr:  le texte en dessous de la chronique est l’oeuvre de son auteur, c’est à dire M.Jean-Baptiste Soufron, qui est le descriptif dans la vidéo youtube)

Comme le rapporte le New York Times, Amazon démarche les auteurs de façon agressive — leur proposant d’un seul bloc tous les services qui étaient traditionnellement dévolus aux éditeurs, aux critiques et aux agents.

Et dans l’univers purement numérique, Amazon a annoncé avoir passé un deal – un accord avec DC Comics pour obtenir le droit exclusif de distribution d’une centaine de titres de leur catalogue — dont Batman, Superman, The Watchmen.


On parlait d’embargo vers l’Iran il y a quelques minutes, mais voilà autant de titres qu’il ne sera donc plus possible de découvrir autrement qu’en disposant d’une tablette Kindle, au détriment de tous ceux qui possèdent un autre lecteur, que ce soit le nook, le sony, ou même celui de la fnac qui vient de sortir.

Barnes & Noble a répondu en retirant l’ensemble du catalogue DC Comics de ses propres étagères, rapidement suivis par Books a Million, le 3e plus gros libraire américain.

Mais ne serait-ce pas l’instant mp3 de l’industrie du livre ? Ces acteurs importants de la culture et de la démocratie seront-ils contraints de réinventer leur métier dans les mêmes conditions difficiles que celles qui sont celles de leurs cousins de la musique ?

Dans l’univers end-to-end du numérique, quel est le véritable service qu’ils rendent aux auteurs et au public ? S’agit-il de marketing et d’une bonne distribution comme la musique ? D’un système d’avance de fond pour la production comme le cinéma ? D’une sélection et d’un travail éditorial consciencieux et peu valorisant ? De lutter contre le piratage dont on vient pourtant d’entendre ici même l’apologie il y a quelques minutes !

Ce qui est certain c’est qu’aussi puissant soit-il, ni Amazon ni ses doppelgangers numériques ne seraient aujourd’hui capables de produire autant de titres différents avec autant d’auteurs différents — plus de 67 000 titres en 2010. Du point de vue de l’ingénieur techno centré, ce serait bien sur techniquement envisageable– l’auto publication et la distribution numérisée prenant alors le relais du travail de la chaîne du livre.

Mais de la même façon que Apple est capable de détruire une app qui la critique — comme Phone Story dont nous avions déjà parlé. Pete Townshend de The Who les qualifiait récemment de Digital Vampire — les contes de fée toujours — en raison du fait qu’ils mélangeaient désormais les rôles d’éditeurs, de distributeurs, et de producteurs, ne reversant finalement de royalties qu’aux auteurs qu’ils choisissaient de mettre en avant dans le catalogue online de iTunes. A quand le même problème chez Amazon ?

L’une des grandes valeurs de l’industrie du livre, c’est celle de la coopétition de ses acteurs. Un mécanisme naturel de check & balances qui rapproche ce secteur de la démocratie qu’il irrigue naturellement depuis ses origines. C’est l’immense masse des éditeurs qui permet aux uns de découvrir les talents qui auraient échappé aux autres. Et il est facile de comprendre l’enjeu stratégique de souveraineté que représente la diffusion de l’information et du savoir pour un pays commel a France.

Alors la masse des auteurs contre la masse du public, restons dans l’analyse – le dernier produit de Kindle s’appelle le Fire : à votre avis Laurent… prométhée des auteurs et du public ou autodafé d’une culture bicentenaire ?

Jean-Baptiste Soufron.

Chronique France Culture du 3 Novembre 2011

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