Apple, le Monsanto du livre numérique

Une sacré chronique d’une remarquable lucidité sur le monde du livre numérique.

(Précision, le texte en dessous de la chronique est l’oeuvre de son auteur, c’est à dire M.Jean-Baptiste Soufron, qui est le descriptif dans la vidéo youtube. Et comme je ne sais pas l’état juridique du texte (protéger etc.) si j’ai une demande de retrait, je l’enlèverais of course.)

Sur Internet comme dans le monde réel, il faut aller chercher les livres numériques dans des boutiques numériques. Quand on parle de ebooks, on parle d’abord d’applications pour téléphone ou pour tablette – ou de tablettes spéciales – qui permettent d’accéder facilement à un catalogue online complet et bien fichu.

Concrètement, vous installez une application sur votre téléphone, vous consultez des listes de livres électroniques, vous les téléchargez et s’ils sont payants vous les payez… et vous les lisez tranquillement sur votre tablette ou votre téléphone.

Le mécanisme marche bien et rencontre un succès croissant aux états-unis comme ailleurs dans le monde. Des dizaines de startups et de libraires proposent aujourd’hui des applications de ce type, avec chacune leur spécificité… et leur place dans le fameux « écosystème » entre guillemets Apple.Ou plutôt, trouvaient leur place car Apple a récemment changé ses conditions de fonctionnement et il n’est plus guère question de parler d’écosystème, mais plutôt de monosystème.

Que s’est-il passé ? Hé bien Apple a décidé il y a quelques jours – mais ils l’avaient prévu il y a longtemps – d’obliger tous les gens qui veulent développer des applications pour lire des livres à n’utiliser obligatoirement que leur seul système de vente et d’achat – lequel contraint les éditeurs d’applications à payer 30% de frais à la compagnie californienne… une condition difficilement acceptable dans la mesure où la plupart des boutiques de ebooks en ligne ne dégagent même pas 30% de bénéfice.

Et pas question de contourner cette contrainte car Apple les oblige également à supprimer toute mention de leur propre site web à eux – sur lequel ils présentent souvent des applications identiques pour d’autres tablettes ou d’autres téléphone – et à supprimer toute méthode alternative de paiement. Apple ne propose pas d’utiliser son système de facturation, il l’impose.

Et là on ne parle même pas de la censure puritaine sur les contenus dont se plaint par exemple Thomas Cadène – l’auteur du bd blog « les autres gens » – une véritable disney-ification – avec la difficulté par exemple à accepter toute représentation de la nudité. Ni Amazon, ni la fnac n’imposent que leurs rayons photographies, romans érotiques soient disponibles sans le moindre bout de sein ou de sexe.

Le résultat ne s’est pas fait attendre et, depuis ce week-end, de nombreuses applications ont été obligé de supprimer la possibilité d’acheter des livres dans leurs applications iPhone : kobo, kindle de amazon, nook de barnes & nobles, etc.

Concrètement, comme l’explique clairement Virginie Clayssen sur son blog, pour bien des applications, il n’est plus possible que de proposer des livres gratuits. Difficile d’en vivre.

Certains comme la fnac gardent encore leur système d’achat dans son application, mais jusqu’à quand.

Et de toute façon, pour les distributeurs en ligne qui voudraient quand même être sur le monosystème Apple, c’est Hadrien Gardeur de Feedbooks qui les met en garde dans un post sur Google + car on ne peut de toute façon pas vendre plus de 3 500 livres dans son catalogue. Sauf pour Apple qui se garde seul le droit, via iBookstore, de proposer des millions de titres.

Drôle de vision de la concurrence, mais c’est une bonne illustration des dangers du cloud computing – de la différence qui existe entre le web et les plateformes d’application qui se développent aujourd’hui chez Apple mais aussi chez Facebook, Google, etc.

Ne nous laissons pas aveugler par le design et le dynamisme de ces environnements. Il faut préserver une vision stratégique de la culture. Un écosystème c’est un habitat fonctionnant de manière systémique et vertueuse. Or, vous l’aurez compris, pour les petits exploitants agricoles que sont les startups, Apple ou Facebook prennent plutôt aujourd’hui des airs de Monsanto du web.

Jean-Baptiste Soufron.

Chronique France Culture du 27 juillet 2011

via Electron Libre

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